COVID-19 : Le juste équilibre entre la performance et la résilience

23 avril, 2020COVID-19

Auteur : Dominic Deneault, Associé, Ascendis

Savoir faire face aux crises est un enjeu critique pour tous les entrepreneurs et les gestionnaires.

 

Mobiliser les réflexes appropriés et mettre en place des mécanismes de réponses efficaces font aujourd’hui partie des compétences attendues du monde des affaires. Les crises doivent aussi représenter un temps de recul, de réflexion, un point de bascule à partir duquel une entreprise peut se réinventer, en tout ou en partie.

Le Québec a connu plus d’une décennie de croissance soutenue entraînant, en partie, une pénurie de talents et des rendements parfois supérieurs à la moyenne canadienne. Quand tout va bien, on se questionne peu. Or, la crise sanitaire actuelle offre la possibilité de réintroduire des réflexes d’autopréservation dans nos entreprises et dans nos chaînes de valeur fragilisées. Pour prendre ce recul, il faut se questionner sur notre inlassable quête de la performance. Voici deux exemples concrets.

Compromettre sa survie au nom de la performance

 

Imaginez une entreprise manufacturière ayant connu une forte croissance par une série d’acquisitions sélectives à l’étranger, et qui décide, dans sa quête vers la performance, de consolider toutes ses activités de fabrication sur un seul site, en Chine. D’un point de vue strictement financier, cette PME se mérite une note parfaite puisqu’elle maximise l’efficience des coûts et le rendement des capitaux investis. Mais en période de crise, cette entreprise est-elle résiliente? Cette PME n’a aucune capacité d’absorber les chocs locaux, conjoncturels. Sa seule usine ferme et c’est l’hécatombe.

Et la résilience? Une grande oubliée?

 

Imaginez maintenant un designer dans le secteur de la mode, qui sous-traitait toute la fabrication de ses vêtements en Chine, mais qui décide de diversifier ses sources d’approvisionnement au Vietnam et au Bangladesh. Pour un même volume d’affaires, cette PME sera beaucoup moins performante, puisqu’elle aura déployé une plus grande quantité de stocks tampons, pour atteindre les lots minimums requis pour faire affaire avec les meilleurs fabricants étrangers, ce qui nuira à sa performance. En revanche, en situation de crise, cette deuxième PME est beaucoup mieux équipée que la première pour affronter les menaces d’une discontinuité de ses opérations.

 

Naviguer entre la performance et la résilience

 

La morale de l’histoire est simple : gérer une entreprise est un art fait d’arbitrage. Il faut savoir jongler avec une distribution judicieuse de décisions qui favorisent la performance et l’efficience, et qui nourrissent aussi la robustesse, la redondance et la pérennité.

L’évolution de votre entreprise est un peu comme un paquebot qui vogue entre deux ports, celui de la performance et celui de la résilience. Son évolution rapproche sans cesse votre entreprise de l’un ou de l’autre de ces ports, mais votre paquebot ne s’amarre jamais. Comme votre environnement ne cesse d’évoluer, ne laissez pas le gouvernail de votre bateau entre les mains de ceux souffrant d’une trop grande obsession de la performance, car, un jour ou l’autre, à un moment charnière de votre évolution, en période de crise comme celle que nous vivons, vous aurez entre les mains une entreprise plus vulnérable, plus fragile.

Les entrepreneurs n’aiment pas les crises. Personne ne les aime. Mais les entrepreneurs à succès aiment l’occasion qu’elles leur procurent de prendre du recul pour se dépasser, se réinventer.

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